En feuilletant le magazine de ma mutuelle santé, je découvre
fortuitement une incitation à dématérialiser ma carte vitale sur mon
téléphone : Tu ne voudrais pas louper une opportunité pareille, l'occasion de
faire le kéké à peu de frais, de te montrer up-to-date. J'ai encore un peu
d'appréhension quand je présente, à l'aéroport ma carte d'embarquement
préenregistrée, imagine que c'est le moment où ta batterie te lâche, je préfère
le carton, au moins tu peux y coller le récépissé d'enregistrement de ta
valise... Pour le cinéma, je suis moins circonspect, c'est moins grave, au pire
je ne perds que la séance. Pour la baguette de pain, je n'ai plus du tout
d'inquiétude, et, au pire j'ai toujours un peu de monnaie sur moi (et je pense
même que la boulangère me ferait crédit). C'est dire si je suis dans le siècle,
même s'il y en a dans mon dos pour affirmer que je suis justement resté dans
le précédent, mais ceux-là, je les méprise profondément et intensément ...
La carte vitale sur mon téléphone, pourquoi pas ? J'ai la chance insolite
d'être modérément malade et de ne dégainer cette carte que peu
fréquemment, mais bon, que ne ferait-on pas pour vivre avec son temps ?
Dès lors, je m'intéresse à la procédure, elle semble à ma portée (je me méfie
encore et toujours de ces notices soit-disant intuitives, il faut croire que tout le
monde n'a pas les mêmes intuitions, en tout cas, je ne voudrais pas passer
pour un cas d'école, que ceux qui ont déjà monté un meuble en kit Ikéa sans
hésiter me jettent la première pierre). La procédure, donc, est en trois temps :
télécharger l'application (à condition d'avoir un compte Ameli, est-il précisé,
ça doit être simple, je ne sais même pas si on peut faire autrement), entrer
son numéro de sécurité sociale (jusque là je suis sans tergiversation), et
suivre les instructions «attentivement» est-il précisé, pour confirmer son
identité, et installer la carte Vitale dématérialisée avec reconnaissance
faciale.
Là, je m'interroge un peu : j'ai un téléphone encore dans le coup, même
si je ne sais pas le plier, qui devait se débloquer avec l'empreinte de mon
index et les caractéristiques de mes iris, il (mon téléphone) n'a jamais voulu.
Peut-être les yeux trop petits, ou alors les paupières trop grandes... Je
préfère penser que c'est la technique qui n'est pas encore parfaitement au
point... Et ce ne sont pas mes passages laborieux aux contrôles
automatiques de la police des frontières qui pourraient me rassurer. La plus
rassurante des explications, c'est que j'ai une tête qui, comme on dit, ne leur
revient pas.
Mais, trêve de bavardages, revenons à notre sujet. Une fois cela fait, il
faut encore valider. Ce n'est pas systématique, on doit recevoir un email de
confirmation qui vous demande d'activer l'application. Tout ça me paraît
simple et ne pas m'entraîner à des fausses manœuvres trop nombreuses et
vers des alertes style « vous n'avez plus droit qu'à deux tentatives » et « vous
devez prouver que vous n'êtes pas un robot ». Là, tu n'as plus besoin que de
présenter ton smartphone au pharmacien, la connection se fait par QR code,
à condition qu'il soit équipé (le pharmacien,et, pour tout dire, j'aimerais bien
qu'il ne le soit pas, histoire de le snober un peu, mon pharmacien, je l'aime
bien mais il me fournit mes médicaments avec un peu trop de
condescendance à mon goût, avec sa machine automatique qui fait tout le
boulot, si je pouvais lui rabattre un peu de sa superbe, ce serait un petit
moment de bonheur).
Hélas, en bas de page, il y a quatre lignes qui viennent torpiller en plein
vol mes espérances (tu me diras que les torpilles c'est sous l'eau et pas en
l'air, mais je te rétorquerai que je me moque de tes connaissances
techniques aéronavales et que je te préfère quand tu es moins terre à terre,
laisse un peu vagabonder ton esprit ! ). Quatre lignes, mais qui valent leur
pesant de moutarde (elle est loin l’époque où l’on achetait la moutarde au
détail en vrac, en amenant son verre ! ) .
« En cas de perte de votre smartphone, n’ayez crainte. Pour accéder à votre
carte vitale, vous devez déverrouiller votre appli à l’aide d’un mot de passe ou
en utilisant la biométrie de votre téléphone. On ne peut donc pas vous la
voler. Il suffit de télécharger l’appli sur votre nouvel appareil ».
En tout cas, l’intellectuel décontracté qui a rédigé cette notice
rassurante aura du mal à m’expliquer comment je déverrouille mon appli sur
un téléphone que je n’ai plus. Je n’ai encore pas tout compris, probablement,
mais je préfère garder ma carte en plastique. Tant pis, une occasion perdue
de faire le kéké !
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Réponse envisageable dans un prochain cours informatique 😅
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