Dysfonctionnements
En ces périodes stressantes (guerres à droite et à gauche, affaires sexuelles dramatiques consternantes), je m'en voudrais d'évoquer les dysfonctionnements de la Justice (je ne fais que répéter les mots du discours officiel). Dans mon jeune temps, on m'a inculqué les avantages, pour Thémis aveuglée, d'une « sage lenteur », mais sans même vouloir discuter de budget, d'effectifs, de surcharge de travail, et surtout sans politiser, je pense qu'il y a parfois des gens qui, indubitablement, en matière de lenteur, poussent, comme on dit, le bouchon un peu loin.
Histoire de me démarquer de ces champions de la procrastination, je me propose de faire un compte rendu de la croisière sur le Rhône de juin 2026, et, afin de ne pas lambiner, de ne pas produire un texte en retard sur les événements, un peu trop faisandé, voire obsolète, de le publier au fur et à mesure, avant même que l’événement ait eu lieu. L'exercice est périlleux, et je ne voudrais pas que ce soit de la fiction, enfin pas trop...
C'est dans cet esprit que je décrirai la réunion de préparation à la croisière : C'est une histoire qui commence mal. J'ai pourtant eu bien soin d'attendre sur le parking que les organisateurs chargés de bouteilles et de biscuits soient entrés et se soient débarrassés de leurs fardeaux, histoire d'éviter habilement de leur donner un coup de main. Je n'ai pas attendu assez longtemps, je me suis senti obligé de prêter la main pour aligner les chaises, pourtant Dieu si je n'en avais pas l'envie... Mon père me le disait naguère, en m'enseignant les rudiments de la pêche du brochet au vif : « Quand ton bouchon s'est enfoncé, tu as tout le temps, ne te presse pas, il faut d'abord qu'il (le brochet) le retourne (le vif) avant de l'avaler, tu n'attendras jamais assez longtemps avant de ferrer». Mais trêve de réminiscences halieutiques superfétatoires, venons en directement au sujet.
Je n'ai pas eu l'occasion de « faire », comme dit, mon service militaire, je ne le regrette pas, je n'en tire pas gloire non plus, je ne l'ai simplement pas fait exprès, et pourtant j'ai passé un conseil de révision « à l'ancienne », à poils devant les élus locaux, puis un peu plus tard les épreuves du Centre de Sélection à Cambrai et de l'Hôpital Militaire de Lille, devenu depuis annexe de la Préfecture. Mais cette réunion de croisiéristes en devenir m'a fait penser à une réunion d'anciens combattants, de vieux briscards ayant survécu à d'anciennes et dures campagnes. En réalité, quand tu as un peu traîné tes guêtres à l'ADCL, tu te retrouves, et c'est un plaisir, avec les mêmes, à énumérer nos rencontres communes (et pléonastiques?) : Chypre, Agadir, Le Cap Vert, la Corse, la Géorgie, l'Egypte... Et bienvenue aux nouveaux qui rejoignent les rangs de ce compagnonnage bienveillant !
La croisière, c'est une forme de vacances que j'apprécie beaucoup, mais que des considérations sanitaires viennent facilement gâcher : Je me souviens, à la fin de l'épisode Covid, d'un embarquement à Séville, sur le Guadalquivir où il avait fallu, le masque sur le nez et le certificat médical à la main, attendre longuement les formalités d'un contrôle méticuleux voire vétilleux. D'un autre côté, je ne voudrais pas passer pour un rabat-joie, mais j'aimerais assez que mes compagnons de voyage évitent de photographier des oiseaux sur les décharges sauvages, le hantavirus est peut-être rare, ce n'est pas une raison pour provoquer les occasions de le rencontrer. Aux dernières nouvelles, il y a des gens qui subissent encore à ce jour une vraie quarantaine de 42 jours en isolement, si je pouvais l'éviter...
La croisière fluviale, c'est encore autre chose. En mer, loin des côtes, c'est monotone, tu n'as rien à voir, que la mer infinie, tu peux toujours essayer de découvrir des étoiles nouvelles, ça peut être romantique, extatique même, mais au bout d'un moment ça lasse. Parfois au loin, quelques amers, et il te faut le plus souvent des jumelles pour y distinguer quelque chose, Par contre sur le fleuve, les côtes sont proches, à babord comme à tribord, pour les senteurs iodées tu repasseras, mais le paysage est plus varié. La navigation y est beaucoup plus précise, elle ne tolère pas la médiocrité ni le laisser aller (sinon tu cognes, et ça fait mauvais genre, même si tu as plein de galons sur tes manches), mais tu n'auras jamais l'occasion d'y rencontrer un iceberg, même un petit. Un mien ami à qui je confiais le projet d'une vadrouille sur le canal du midi et qui l'avait déjà vécue m'avait dissuadé, au prétexte que sur le canal en question, tu étais toujours dans les fonds, l'horizon était bouché, je n'ai rien eu à lui objecter, un canal c'est beaucoup plus souvent dans les creux que sur les crêtes. Si tu veux ratiociner, il y a bien le pont-canal, il y en a même plusieurs en France (je ne te parle que d'un car je ne sais pas comment dire au pluriel et ça n'ajoute rien au propos).
Une croisière fluviale en France, c'est le fin du fin. Pas de passeport exigé, pas de contrôle de sécurité pointilleux, pas de vaccination obligatoire ni même conseillée, tu n'as même pas besoin de ta carte européenne, ta carte vitale suffit en cas de nécessité, ce qu'à Dieu ne plaise. En descendant du bateau, tu n'es pas obligé, avec les autochtones, d'utiliser un sabir maladroit que tu veux faire passer pour de l'anglais, tu peux simplement utiliser le langage vernaculaire des naturels de l'endroit , et ce, à toutes les escales.
Bref, c'est dire que cette réunion de préparation s'est bien passée. J'ai même pu éviter le plus gros du rangement de chaises en me cramponnant au buffet, c'est dire... Peut-être un petit souci d'attribution de cabine, affaire à suivre...