26 juin 2026

Une chronique de Charles, la croisière s'amuse (2)

Les voyages qui forment la jeunesse, ça ne m'intéresse plus. Les nuits

à la belle étoile peuvent paraître romantiques à certains, elles sont à mon

sens diablement inconfortables. Tout ça pour dire que la croisière doit refléter

au moins cette torpeur alanguie, sinon ce n'est ni plus ni moins qu'une galère

à laquelle il ne manquerait que la chiourme et le fouet.

Au départ de Wambrechies, tout allait bien, un petit retard dû aux

bouchons lillois n'allait pas nous contrarier, les responsables susceptibles de

payer la tournée ne risquaient pas grand chose, le séjour étant « all

inclusive ». Ce n'est qu'au bout de quelques heures que la climatisation du

car a rendu l'âme (je ne sais pas si les climatisations ont une âme, en réalité

je m'en fous un peu, mais là ce n'était pas le moment pour elle d'avoir des

états d'âme. D'un autre côté, pour les emmerdements, tu remarqueras en

toute objectivité que ce n'est jamais le bon moment, si tu y réfléchis bien, il

n'y a pas de bon moment, c'est simplement la sérénité qui nous fait défaut).

J'étais pourtant parfaitement zen, on avait la petite Jacqueline avec

nous, la petite Jacqueline à qui il arrive toujours des trucs pas comme tout le

monde (c'est quand même elle qui a fait le tour du monde sans escale et

sans le faire exprès), Cette fois-ci, sa cabine n'était pas garantie, mais

heureusement ça s'est arrangé. Elle attire les petits soucis, c'en est une vraie

bénédiction, il est judicieux de rester à côté d'elle, elle fait un peu office de

paratonnerre. Mais là ça n'a pas fonctionné. On a fait une partie du voyage à

la température ambiante (environ 34,5 °), c'est dire qu'on a été contents

d'arriver à Lyon. Le débarquement / embarquement a été épique à cause du

dénivelé, le car n'ayant pas pu descendre sur le quai, heureusement tout

l'équipage a prêté main forte, même le capitaine (capitaine c'est trois galons,

commandant c'est quatre, de toute façon dès qu'il y a du galon tu ne réfléchis

pas, tu rectifies la position et tu salues), moi c'est la première fois qu'un

galonné me porte la valise, il y a des circonstances dans la vie qui ne

manquent pas de sel, il faut savoir les apprécier.

Formalités d'embarquement vite expédiées, repas vite avalé, il n'a pas

fallu nous bercer longuement pour cette première nuit à bord...

Une visite de ville, qui veut tout te montrer en un minimum de temps,

c'est une gageure, Notre Dame de Fourvière avec son cul d'éléphant, le vieux

Lyon, les traboules, on en a vu une, c'était tout juste un échantillon, j'ai

entendu le mot miraboule pour la première fois de ma vie, comme quoi on

apprend à tout âge. De toute façon, et pour info, une miraboule c'est pour

simplifier une traboule en cul de sac.

Pour l'abbaye de Cluny, il y avait un peu de trajet, mais pas de

problème le car était climatisé. Il a fallu zigzaguer à l'arrivée entre les

chevaux qui pullulaient (tu remarqueras au passage que les chevaux doivent

se obligatoirement se mettre au moins à deux pour pulluler sinon, ils n'y

arrivent pas). Quand on est arrivés, tout était déjà en ruine, mais ça reste de

beaux vestiges, ça ne saute pas vraiment aux yeux que c'était le centre de la

chrétienté, même si c'est encore imposant. L'escalier était à l'entrée, et l'autel

de l'autre côté de la rue, mais ça permet quand même de se faire un idée,

même si je n'ai pas bien tout compris.

Vienne, c'est tout à pied, un ville coincée entre montagne et Rhône, on

se demande comment ils ont fait pour le chemin de fer. On s'est fait expliquer

encore une fois les différences entre gothique et roman à la cathédrale Saint

Maurice. Il y avait là comme par hasard un temple romain, mais ça n'avait

pas l'air de préoccuper grand monde, il faut dire qu'il avait l'air d'être là depuis

un bon moment. Retour au bateau bien agréable avec son air conditionné

rafraichissant.

Pour Avignon, la bonne nouvelle, c'était que le palais des papes était

accessible, difficile certes avec ses multiples escaliers mais accessible. Je

suis souvent passé par Avignon, mais c'était toujours une galère

infréquentable en période de festival. Ici, on n'en était qu'aux préparatifs, on a

donc eu droit à la cour d'honneur déjà garnie de ses gradins, on a même pu

se faufiler en dessous pour sortir. On était entrés en ville par la poterne de

l'oratoire, aménagée pour accueillir un batardeau des fois que le Rhône

voudrait sortir de son lit, mais aujourd'hui il avait l'air calme...

En Arles, on a pu bénéficier avant l'accostage, d'un exposé intéressant

sur le Rhône : je ne vais pas te refaire la conférence, mais il y quelqu'un qui

m'a longuement expliqué que le Rhône à sa source coulait de droite à

gauche avant de se jeter dans le lac Léman, (il y a même dans l'assistance

des suisses qui ont confirmé, mais peut-on leur faire confiance ?), puis qu'il

rencontrait entre autre la Saône qui passait par là comme par un fait exprès

et se mettait à couler de haut en bas, et se jetait dans la mer par un estuaire

en bas de la carte, estuaire en forme de delta qui n'est jamais qu'un Y

renversé (si tu n'as pas fait grec première langue, tu ne peux pas

comprendre, tant pis pour toi, tu ne pourras jamais rien comprendre à

l'hydrologie). En plus, ce delta se divise en sept bras, ce n'est plus la culture

grecque qui peut t'aider, c'est la déesse Shiva qui peut te permettre d'en

sortir.

Et là dessus, en vrac, le mec te balance les chevaux blancs qui ne sont

pas blancs au départ, les flamands roses qui ne sont pas toujours très roses

au départ eux non plus, mais qui le deviennent à force de filtrer le plancton

avec leur bouche (si, si, il a dit leur bouche mais en réalité ça ressemble à un

bec !). Les taureaux sont bien noirs depuis l'origine, les vaches camarguaise

aussi, mais je ne t'apprends rien, ce n'est pas la couleur qui les différencie.

Le manadier et sa femme, que nous avons rencontrés, sont pour leur part de

couleur normale.

Les Saintes Maries de la mer au galop, juste pour dire, environ 20

minutes montre en main, si tu te sens gitan et plein de ferveur, range ta piété,

ce n'est pas le moment, c'est juste devenu un parc d'attractions entouré de

bars à touristes...

A suivre...

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