Les voyages qui forment la jeunesse, ça ne m'intéresse plus. Les nuits
à la belle étoile peuvent paraître romantiques à certains, elles sont à mon
sens diablement inconfortables. Tout ça pour dire que la croisière doit refléter
au moins cette torpeur alanguie, sinon ce n'est ni plus ni moins qu'une galère
à laquelle il ne manquerait que la chiourme et le fouet.
Au départ de Wambrechies, tout allait bien, un petit retard dû aux
bouchons lillois n'allait pas nous contrarier, les responsables susceptibles de
payer la tournée ne risquaient pas grand chose, le séjour étant « all
inclusive ». Ce n'est qu'au bout de quelques heures que la climatisation du
car a rendu l'âme (je ne sais pas si les climatisations ont une âme, en réalité
je m'en fous un peu, mais là ce n'était pas le moment pour elle d'avoir des
états d'âme. D'un autre côté, pour les emmerdements, tu remarqueras en
toute objectivité que ce n'est jamais le bon moment, si tu y réfléchis bien, il
n'y a pas de bon moment, c'est simplement la sérénité qui nous fait défaut).
J'étais pourtant parfaitement zen, on avait la petite Jacqueline avec
nous, la petite Jacqueline à qui il arrive toujours des trucs pas comme tout le
monde (c'est quand même elle qui a fait le tour du monde sans escale et
sans le faire exprès), Cette fois-ci, sa cabine n'était pas garantie, mais
heureusement ça s'est arrangé. Elle attire les petits soucis, c'en est une vraie
bénédiction, il est judicieux de rester à côté d'elle, elle fait un peu office de
paratonnerre. Mais là ça n'a pas fonctionné. On a fait une partie du voyage à
la température ambiante (environ 34,5 °), c'est dire qu'on a été contents
d'arriver à Lyon. Le débarquement / embarquement a été épique à cause du
dénivelé, le car n'ayant pas pu descendre sur le quai, heureusement tout
l'équipage a prêté main forte, même le capitaine (capitaine c'est trois galons,
commandant c'est quatre, de toute façon dès qu'il y a du galon tu ne réfléchis
pas, tu rectifies la position et tu salues), moi c'est la première fois qu'un
galonné me porte la valise, il y a des circonstances dans la vie qui ne
manquent pas de sel, il faut savoir les apprécier.
Formalités d'embarquement vite expédiées, repas vite avalé, il n'a pas
fallu nous bercer longuement pour cette première nuit à bord...
Une visite de ville, qui veut tout te montrer en un minimum de temps,
c'est une gageure, Notre Dame de Fourvière avec son cul d'éléphant, le vieux
Lyon, les traboules, on en a vu une, c'était tout juste un échantillon, j'ai
entendu le mot miraboule pour la première fois de ma vie, comme quoi on
apprend à tout âge. De toute façon, et pour info, une miraboule c'est pour
simplifier une traboule en cul de sac.
Pour l'abbaye de Cluny, il y avait un peu de trajet, mais pas de
problème le car était climatisé. Il a fallu zigzaguer à l'arrivée entre les
chevaux qui pullulaient (tu remarqueras au passage que les chevaux doivent
se obligatoirement se mettre au moins à deux pour pulluler sinon, ils n'y
arrivent pas). Quand on est arrivés, tout était déjà en ruine, mais ça reste de
beaux vestiges, ça ne saute pas vraiment aux yeux que c'était le centre de la
chrétienté, même si c'est encore imposant. L'escalier était à l'entrée, et l'autel
de l'autre côté de la rue, mais ça permet quand même de se faire un idée,
même si je n'ai pas bien tout compris.
Vienne, c'est tout à pied, un ville coincée entre montagne et Rhône, on
se demande comment ils ont fait pour le chemin de fer. On s'est fait expliquer
encore une fois les différences entre gothique et roman à la cathédrale Saint
Maurice. Il y avait là comme par hasard un temple romain, mais ça n'avait
pas l'air de préoccuper grand monde, il faut dire qu'il avait l'air d'être là depuis
un bon moment. Retour au bateau bien agréable avec son air conditionné
rafraichissant.
Pour Avignon, la bonne nouvelle, c'était que le palais des papes était
accessible, difficile certes avec ses multiples escaliers mais accessible. Je
suis souvent passé par Avignon, mais c'était toujours une galère
infréquentable en période de festival. Ici, on n'en était qu'aux préparatifs, on a
donc eu droit à la cour d'honneur déjà garnie de ses gradins, on a même pu
se faufiler en dessous pour sortir. On était entrés en ville par la poterne de
l'oratoire, aménagée pour accueillir un batardeau des fois que le Rhône
voudrait sortir de son lit, mais aujourd'hui il avait l'air calme...
En Arles, on a pu bénéficier avant l'accostage, d'un exposé intéressant
sur le Rhône : je ne vais pas te refaire la conférence, mais il y quelqu'un qui
m'a longuement expliqué que le Rhône à sa source coulait de droite à
gauche avant de se jeter dans le lac Léman, (il y a même dans l'assistance
des suisses qui ont confirmé, mais peut-on leur faire confiance ?), puis qu'il
rencontrait entre autre la Saône qui passait par là comme par un fait exprès
et se mettait à couler de haut en bas, et se jetait dans la mer par un estuaire
en bas de la carte, estuaire en forme de delta qui n'est jamais qu'un Y
renversé (si tu n'as pas fait grec première langue, tu ne peux pas
comprendre, tant pis pour toi, tu ne pourras jamais rien comprendre à
l'hydrologie). En plus, ce delta se divise en sept bras, ce n'est plus la culture
grecque qui peut t'aider, c'est la déesse Shiva qui peut te permettre d'en
sortir.
Et là dessus, en vrac, le mec te balance les chevaux blancs qui ne sont
pas blancs au départ, les flamands roses qui ne sont pas toujours très roses
au départ eux non plus, mais qui le deviennent à force de filtrer le plancton
avec leur bouche (si, si, il a dit leur bouche mais en réalité ça ressemble à un
bec !). Les taureaux sont bien noirs depuis l'origine, les vaches camarguaise
aussi, mais je ne t'apprends rien, ce n'est pas la couleur qui les différencie.
Le manadier et sa femme, que nous avons rencontrés, sont pour leur part de
couleur normale.
Les Saintes Maries de la mer au galop, juste pour dire, environ 20
minutes montre en main, si tu te sens gitan et plein de ferveur, range ta piété,
ce n'est pas le moment, c'est juste devenu un parc d'attractions entouré de
bars à touristes...
A suivre...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire